De l’Aviation à la Cité universitaire. Philanthropie et patriotisme chez les Deutsch de la Meurthe, par Sophie Mouton

Le parcours de la famille Deutsch de la Meurthe illustre le mouvement d’ascension de la nouvelle bourgeoisie économique, qui à la fin du XIXe siècle contribue au renouvellement des élites sociales. Alexandre Deutsch, aidé de ses deux fils Henry et Émile, met en place une importante industrie de raffinage de pétrole, en France puis dans toute l’Europe. Cette brillante réussite économique va propulser cette famille juive jusqu’aux plus hautes sphères de la bourgeoisie parisienne. Les frères Deutsch de la Meurthe s’engagent alors progressivement dans des actions philanthropiques qui vont traduire leur attachement à la France dans une période troublée par le jeu des nations et par un antisémitisme virulent. S’ils ne délaissent pas leur identité juive, ils semblent pourtant la reléguer à la sphère privée. Lorsqu’il s’agit de laisser une trace pour la postérité, ils font le choix de réalisations de grande envergure en faveur de la nation française, soutenant l’effort de guerre par le mécénat aéronautique ou l’œuvre de reconstruction des années 1920 avec la Cité universitaire internationale. La fille d’Henry Deutsch, Suzanne restera dans la tradition familiale avec la reconstruction du village de Moÿ-de-l’Aisne, dévasté des suites de la guerre de 1914.




From aircraft to the “Cité universitaire internationale”. Philanthropy and patriotism of the family Deutsch de la Meurthe, by Sophie Mouton

The history of the Deutsch de la Meurthe is typical of the rise of the new economy middle-class, which by the end of the XIXth century is an important contribution to the renewal of the social elite. Alexandre Deutsch, with the help of his two sons Henry and Emile, sets up a huge industrial structure of oil-refining, in France and all over Europe afterwards. This brilliant economical achievement will lead this Jewish family up to the highest place among the middle-class of Paris. The two brothers then, step after step, commit themselves in philanthropic action which will prove their attachment to France, in those troubled times with the interplay between nations and also a vicious anti-Semitism. They do not quit their Jewish identity; nevertheless they consider this belongs to privacy. When it comes to what they will leave to posterity, they choose off large-scaled projects in favour of the French country, such as supporting the war effort through aircraft sponsoring or rebuilding during the years 1920 such as the Cité universitaire (International Student Residence) in Paris. Henry Deutsch's daughter, Suzanne, will keep to the family tradition by supporting the rebuilding of the village called Moÿ-de-l'Aisne, devastated during the First World War.